• Bangkok

    2003 - 2016
    Alain Soldeville documente les mutations opérées par la Thaïlande pour passer d’une culture traditionnelle, basée sur la monarchie et la religion, à une modernité globalisée. Ses photographies montrent des rues désertes, des images publicitaires tape à l’œil, des bâtiments délabrés et des "shopping malls" flambant neufs. Elles capturent les juxtapositions incongrues et anarchiques de l’environnement urbain de Bangkok. Extrait de l’article d’Oliver John : "Caught between tradition and modernity (lire dans critiques)".
  • Phra Chao You Hoa

    2006 - 2016
    Le roi de Thaïlande Bhumibol Adulyadej, né le 5 décembre 1927, est le 9ème souverain (Rama IX) de la dynastie des Chakri. Il est le plus ancien monarque en exercice dans le monde, ayant été désigné pour succéder à son frère le 9 juin 1946. Couronné en 1950, souverain constitutionnel (la monarchie absolue a été abolie en 1932), il est un des piliers de l'unité de la Thaïlande. Il est intervenu à plusieurs reprises lorsque le pays a traversé des coups d’état militaires. Il a œuvré une partie de sa vie pour initier des projets de développement dans les zones rurales du royaume. Vénéré par la population, il possède un statut quasi divin. Les Thaïlandais l’appellent respectueusement "Phra Jao you Hoa", ce qui signifie le dieu du peuple. Nul ne peut contester ses avis et ses recommandations et tout ce qui touche à sa personne est extrêmement sensible. Les portraits du souverain, à différentes époques de sa vie, sont omniprésents dans l’espace public, à chacun de ses anniversaires. Ils se dressent, sous forme de tirages numériques géants sur bâches, sur les façades des immeubles, sur les avenues proches du palais royal, dans les halls des bâtiments publics et des compagnies privées, sur les quais des stations du métro, sur les parkings et les entrées des centres commerciaux, sur les façades des musées d’état. Les portraits proviennent des archives photographiques de la maison royale ou de commandes passées à des artistes peintres. Le fils unique du roi, le prince Vajiralongkorn est son successeur direct sur le trône.
  • Balzac

    2009 et 2011
    En 1984, la municipalité de La Courneuve récupère la gestion de la cité des 4000 et initie un grand plan de rénovation urbaine. À partir de 1986, plusieurs barres d’immeubles sont détruites et remplacées par de petits immeubles HLM. La barre Balzac, haute de 50 mètres (15 étages) et longue de 185 mètres, a été construite en 1964. En 2009, j'ai eu accès à des appartements le jour où les familles déménageaient. Au fur et à mesure que l’immeuble se vidait, il devenait une zone de non droit. Les dealers squattaient les appartements inoccupés pour y entreposer leur marchandise et intimidaient les familles isolées. Je voulais garder une trace de la mémoire des lieux. Mon projet initial s'est décalé dans un entre-deux: je photographiais les pièces vides et celles qui ne l'étaient pas encore. La décoration, les inscriptions sur les murs, les objets abandonnés, les vêtements et les bibelots délaissés représentaient autant d'empreintes du quotidien que de fragments de vie. En 2011, j'ai photographié de nouveau les appartements vidés de leurs occupants, alors que les travaux de destruction progressaient. Mises bout à bout, ces photographies évoquent le passage du temps en jouant sur différents niveaux de temporalité.
  • Portraits chinois

    2006 - 2008
    Au milieu du 19ème siècle, Bangkok a connu un fort développement économique. Les immigrants chinois ont contribué à cette prospérité. De nos jours, la proportion de Thaïs d’origine chinoise représente 14% de la population, soit environ dix millions de personnes. À Bangkok, une grande majorité de familles ont des ancêtres chinois. La plupart sont les descendants de 3ème ou de 4ème génération du million d’immigrants chinois qui sont arrivés dans les années 1920-1940. Pour bien s’intégrer, les migrants ont dû renoncer à leur culture et devenir "Thaï", c’est-à-dire abandonner leurs noms d’origine et l’usage de leur langue dans les lieux publics. Ces photographies datent pour la plupart des années 1930-1960 et ont été réalisées dans des studios du quartier de Chinatown à Bangkok. Dans "L’amant", Marguerite Duras se souvient de cette tradition de la photographie de famille quand la mort approche, lorsqu’elle a vécu enfant à Saigon : "Tous les gens photographiés donnaient presque la même photo, leur ressemblance était hallucinante. Les portraits étaient retouchés, de telle façon que les particularités du visage, s’il en restait encore, étaient atténuées. Les visages étaient apprêtés de la même façon pour affronter l’éternité, ils étaient gommés, uniformément rajeunis. Tous les hommes avaient le même turban, les femmes le même chignon, les mêmes coiffures tirées, les hommes et les femmes la même robe à col droit. Ils avaient tous le même air que je reconnaîtrais encore entre tous".
  • Busy people

    2005 - 2008
    Cette série a été réalisée à Bangkok et complétée dans le cadre d'une résidence d'artiste. Les photographies ont été faites à l'heure du déjeuner dans le quartier d'affaires de l'avenue Silom. Lors de différents séjours j'avais arpenté cette avenue qui est une artère marchande du centre ville et j'avais été frappé par l'atmosphère qui y régnait. Entre midi et deux heures de l'après-midi, les employés des banques et des administrations sortaient en trombe de leurs bureaux. Beaucoup semblaient indifférents à ce qui se passait autour d'eux, perdus dans leurs pensées, tendus, l'esprit encore au travail. Je me laissais porter par le flux incessant de la foule montant et descendant l'avenue et je photographiais tout en marchant. Je remarquais que les femmes avaient un comportement différent des hommes. Ces derniers paraissaient stressés, ils essayaient d'éviter les gens sur leur passage et leurs émotions se lisaient sur leur visage. Les femmes, en général plus décontractées, plaisantaient avec leurs collègues. Cette série montre les Thaïs contemporains, ceux des grandes villes qui ne sourient pas toujours, comme le prétendent les posters des publicités touristiques.
  • La plus belle des fables

    D’octobre 2001 à juillet 2008, j’ai photographié en France, une vingtaine de couples d’origines sociales diverses. Certaines images obtenues sont la reconstruction d’une réalité vécue et "racontée" par les couples. D'autres sont à mi-chemin entre la réalité et la fiction. Toutes explorent la poésie et la théâtralité du quotidien par la représentation du corps dans l’espace domestique et l’espace public.
  • Paroles du corps

    1999 - 2003
    Mes voyages en Asie depuis vingt ans m'ont permis d'assister à des cérémonies religieuses où les participants subissaient des épreuves de mortifications physiques. En rapport avec ces expériences, j'ai voulu connaître les motivations des personnes qui s'infligeaient des marquages corporels. Sur une période de trois ans, j'ai réalisé en studio des portraits d'hommes et de femmes portant des tatouages, des scarifications, des implants destinés, selon eux, à transformer leur corps en œuvre d'art. Par des détails mis en lumière ou laissés dans la pénombre, photographiés à distance ou en gros plan, ces corps sont contemplés comme des paysages, des objets sculpturaux. Par leurs paroles, les modèles expriment leurs motivations, leurs sentiments par rapport au regard que la société porte sur eux.
  • Bugis street

    Décembre 1980, je quitte Paris pour un voyage de deux ans en Asie et en Australie. J’ai peu d’expérience de la photographie. Après un mois passé à Bangkok, j’arrive à Singapour où je prends pension dans un hôtel situé au quatrième étage d’une tour anonyme. Quelques jours plus tard, je me dirige vers le vieux quartier chinois de Bugis street. Il est minuit, d’étranges créatures androgynes arrivent en taxi. Vêtues de robes sexy moulantes ou de pantalons satinés, maquillées comme des divas, portant des chaussures à talons hauts, elles prennent possession de leur territoire. La rue semble leur appartenir et leur entrée théâtrale a été suivie par des yeux scrutateurs. Il semble que la plupart des visiteurs sont là pour assister au spectacle qui vient de commencer. J’engage la conversation avec Rose, d’origine malaise. Elle a vingt-trois ans, elle est grande, mince et musclée. Elle veut savoir d’où je viens et combien de temps, je vais rester à Singapour. Dans les semaines qui suivent, je deviens proche de Rose qui me présente à ses amies, Amina, Danita, Delphine et Susanna. Elles aiment que je les photographie et elles prennent la pose d’une manière naturelle. Au bout de quelques semaines, à court d’argent, je dois quitter Singapour pour l’Australie. J’y reviendrai en 1984 et j’apprendrai que le quartier de Bugis street va être détruit pour y construire un métro. Pendant plus de vingt-cinq ans, j’oubliais ces photographies. Je les ai redécouvertes récemment.